Chronique #6 - Fuite en arrière
Après des jours qui semblèrent des semaines, enfermé dans ces geôles fétides, l'air frais du dehors me tendait enfin les bras. Mes libérateurs avaient bravé l'interdit et déjoué l'engeance ténébreuse qui me tenait captif avec mes compagnons. Si j'étais préoccupé par leur état et refusais initialement de les abandonner, un triste compromis s'imposa brusquement à moi lorsque nous entendîmes les gardes frapper à la porte barricadée du temple : « Sortez d'ici, vous êtes coincés, scélérats ! » Nous allions devoir nous exfiltrer de ces lieux au péril de notre vie, et mes camarades allaient devoir s'accrocher quelques jours de plus.
Miraculeusement, l'un de mes sauveteurs réussit à identifier un mécanisme d'ouverture inexplicablement installé sur le vitrail de l'édifice, permettant, contre toute attente, de nous échapper par l'arrière du bâtiment, directement vers le cimetière adjacent. Mais nous n'étions pas au bout de nos peines : des gardes patrouillaient dans les environs, à la recherche des fugitifs que nous étions désormais. Nous décidâmes de nous exfiltrer un à un, et j'allais devoir patienter jusqu'à mon tour pour tenter de me faufiler de l'autre côté de la rue. Si l'attente me donna d'abord la boule au ventre, ce sentiment fut vite remplacé par l'ivresse de la panique. En effet, à peine leur plan de sortie échafaudé, mes sauveurs (parmi lesquels figurait une épaisse brute culminant à plus de deux mètres) décidèrent de l'ignorer en partant tous simultanément, se bousculant avec fracas au portillon marquant la limite du cimetière, alertant les gardes qui commençaient déjà à fondre sur nous.
Dans la panique, notre groupe fut immédiatement scindé en deux, une paire d'aventuriers décidant de s'engouffrer dans la boutique du charpentier (seul bâtiment ouvert dans les environs), profitant de l'ombre géante offerte par l'imposante carrure de leur compagnon pour passer inaperçus. Le reste d'entre nous resta exposé dehors, et certains commençaient déjà à se préparer à se battre pour leur vie.
C'est alors qu'un de nos compagnons, par miracle et dans une inspiration que même une volonté divine peinerait à expliquer, se décida à inspecter les tombes du cimetière, dans une tentative désespérée qui porta immédiatement ses fruits lorsqu'il poussa instinctivement la dalle d'une tombe, révélant un escalier s'enfonçant sous le temple. Les gardes, qui avaient lamentablement trébuché sur la clôture du cimetière en tentant de nous rattraper, n'allaient pas pouvoir nous atteindre à temps : sans réfléchir, nous nous enfonçâmes alors tête baissée vers l'inconnu.
Malik, fugitif miraculé
Gerhart m'avait prévenu que la route commerciale de l'Empire pouvait parfois faire venir des originaux à Vilmarais, mais laissez-moi vous le dire : ceux-là étaient au-dessus du lot ! Mardi, une paire de badauds (parmi lesquels un renard, oui !) est entrée dans l'atelier à bout de souffle (peut-être ont-ils couru pour venir ?), me demandant des renseignements sur nos tarifs en matière de charpente. Mais attendez, la meilleure reste à venir : une charpente en acajou ! Je ne sais pas où ils ont trouvé assez d'argent pour se faire construire une maison en acajou au milieu d'un marais nordique, mais je suppose qu'en fin de compte, renard, c'est une bonne situation.
Je ne sais pas pourquoi ces deux-là se sont tirés en courant alors que je leur faisais visiter l'entrepôt, mais j'espère qu'ils reviendront finaliser leur commande, car elle s'annonce lucrative.
Wendelaine, charpentière effarée
Lorsque j'entendis une petite voix hurler à l'aide dans la rue, je compris immédiatement que quelque chose d'étrange se passait. Depuis l'arrivée de la fièvre chauve, plus personne ne daignait demander, encore moins crier à l'aide, tant l'effort était devenu inutile, voire dangereux. Toute personne s'égosillant ainsi ne pouvait donc être qu'un touriste idiot ou quelqu'un qui savait quelque chose que je devais apprendre. Je tentai donc ma chance et leur ouvris ma porte.
Les deux refusaient initialement de m'expliquer la situation, mais finirent par révéler (après l'usage d'un peu de persuasion) que les gardes étaient de mèche avec une sorte de culte étrange qui s'était emparé du temple...
J'en étais sûr ! Mon sang n'eut pas le temps de faire un tour avant que ma décision soit prise. Fini l'ennui et la bouse de mes vaches, j'allais reprendre du service et aider ces valeureux combattants à sauver Vilmarais. Un seul hic : ces deux-là étaient sûrement recherchés par les gardes. Heureusement, ils étaient venus préparés à toutes les éventualités. L'un d'eux sortit une palette de maquillage et grima sa face de renard en loup, tandis que son compagnon se fit un visage d'orc incroyablement convaincant. Armés de ce subterfuge, je réussis à attirer l'attention des gardes juste assez pour leur permettre de prendre la fuite dans une ruelle jusqu'à leur base d'opérations, avant de les rejoindre quelques minutes après. L'aventure m'attend à nouveau, j'ai si hâte d'y repartir !
Ersten, citoyen circonspect
Après nous être engouffrés dans les escaliers secrets révélés par notre acolyte, nous nous trouvions désormais dans une large pièce parfaitement obscure. Le plus jeune de mes sauveurs, brandissant une masse d'armes richement décorée, sembla prononcer une prière avant de révéler, par une lumière surnaturelle, la pièce dans laquelle nous avions foncé tête baissée. À la vue des pavés humides recouvrant le sol, des urnes funéraires disposées aux coins de la pièce et des sarcophages alignés le long des murs, la réalisation fut immédiate : nous étions dans une crypte ou, pour reprendre ce qui m'envahissait l'esprit à cet instant, dans une impasse.
Une impasse à plus de six pieds sous terre, une impasse avec d'étranges créatures sortant de leurs tombes comme pour défendre un lieu interdit, une impasse dans laquelle les gardes n'allaient pas tarder à nous coincer. Certains semblaient bien avoir trouvé un étrange trou dans la paroi du mur qui aurait pu dissimuler une porte dérobée, mais nous n'avions pas le temps d'en comprendre le mécanisme. Cette fois, c'était sûr, nous allions devoir nous battre.
Le plus costaud d'entre nous, fort de ses plus de deux mètres et je ne sais combien de kilos, se plaça en barrière infranchissable à l'entrée de la cage d'escalier, brandissant sa hache d'armes, lame vers l'avant, dans le but de piéger les gardes qui allaient bientôt dévaler les escaliers à leur tour.
Si son plan sembla fonctionner un instant, le garde menant la charge venant se trancher de part en part contre la lame de son arme, la situation se retourna rapidement contre nous. Le poids des deux moitiés du corps du garde défunt, ainsi que celui de la charge du garde qui le suivait, firent basculer notre compagnon en arrière. S'écrasant contre le sol dans un fracas terrifiant, notre ami s'efforça, en dernier recours, de lancer sur les gardes l'une des fioles de liquide noir que nous avions récupérées dans le temple. Alors que la fiole leur explosa au visage, les ennemis virent rapidement leur peau traversée par la substance opaque. Quelques secondes plus tard, soudain saisis de la terreur inoculée par la décoction, ils déguerpirent en hurlant dans les rues du village, provoquant un chaos que nous allions saisir comme l'opportunité tant attendue pour nous échapper.
Alors que nous nous préparions à fuir les catacombes, la terreur se saisit à nouveau de nous lorsqu'un râle rauque envahit la pièce. Semblable à un grondement capable de faire trembler la terre et serti de bruits de chair qui claquent, le son réussit à nous convaincre, s'il le fallait encore, que nous n'allions pas passer une seconde de plus sur ces dalles maudites.
Malik, fugitif miraculé
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