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Chronique #7 - Insectes en furie

La Guilde des Terres Oubliées s'exfiltre de Vilmarais et se dirige vers le village des Batraciens en quêtes d'alliés et de matériel dans leur lutte face au Culte. Mais la route n'est pas aussi tranquille qu'espéré...

Le temps était passé si vite ce jour-là. Au matin encore, j'étais encore en train de m'encroûter à nourrir les quelques vaches qui me restaient et ma principale inquiétude était de marcher dans leur merde par inadvertance. Le soir, j'étais planqué dans la grange du domaine de Clairmont avec une bande d'aventuriers inconnus, un membre du culte maléfique qui contrôlait la ville (je le savais !) et un badaud capturé sur la route par ledit culte. Quelle histoire !

La plupart de mes nouveaux compagnons étaient des jeunots. Je n'étais moi-même pas si vieux que ça, mais mes années d'expérience à parcourir la région rendaient évident que ma nouvelle compagnie débutait dans le métier. Pour commencer, ils n'avaient pas réussi à s'infiltrer (et a fortiori à s'exfiltrer) du temple sans provoquer un chaos sans nom dans les rues de la ville. Et en plus, à peine quelques heures après avoir alerté toute la garde de la ville et trucidé une partie des autorités locales corrompues, ils semblaient déjà prêts à repartir comme si de rien n'était !

Quand nous arrivâmes à nous mettre d'accord sur le fait de quitter la ville pour revenir avec des alliés, je leur fis part de mon plan : nous devions partir à la rencontre des Batraciens dans leur village à l'Ouest, qui pourraient nous fournir des objets de leur confection, imbués d'une magie que leur peuple est le seul à maîtriser. Nous aurions particulièrement besoin de masques ou d'un quelconque moyen de dissimuler notre identité si nous souhaitions pouvoir revenir en ville avant l'assaut final.

Une fois d'accord sur ce plan, nous nous mîmes en route en choisissant la discrétion, partant de nuit pour nous exfiltrer de Vilmarais. À mon grand effroi, certains de mes compagnons avaient commencé leur traversée jusqu'à la sortie du village à torches éteintes. Après un bref rappel de ma part quant au fait qu'il s'agissait du meilleur moyen d'être pris pour un gredin, la traversée put se faire sans embûches, torches allumées. Un obstacle demeurait cependant : le garde posté devant la porte du village. Heureusement, mes camarades avaient un plan de génie : le plus jeune projeta une image magique de lui-même dans la rue principale, puis la fit partir en courant à l'opposée de la porte tandis qu'un autre criait de façon à attirer l'attention du garde et lui faire croire que l'illusion fuyant dans la ville était l'origine du son. Ce plan fonctionna à merveille, et nous permit de quitter la ville sans problèmes.

Nous pûmes nous mettre en route quelques heures dans la nuit, avant de devoir nous arrêter lorsque nous aperçûmes des lumières s'élever dans le ciel nocturne, droit devant nous. Après quelques secondes à tergiverser, nous pûmes voir l'origine de ces lueurs plus précisément : d'énormes insectes de plus d'un mètre fonçaient droit sur nous. Plus effrayant encore, ces derniers semblaient munis de crocs acérés et de griffes tranchantes. Un de mes compagnons entreprit de leur jeter une espèce de boule puante répulsive pour les faire fuir, mais manqua lamentablement son jet au point d'envoyer l'objet voler jusque dans un bosquet voisin. Quelques secondes après l'atterrissage, nous entendions un rugissement terrifiant en provenance du bois. Nous étions dans le marais des geckos, c'est donc sans surprise que nous vîmes un reptile enragé de plus de deux mètres surgir des arbres en notre direction.

Le combat fut âpre et dangereux. L'une d'entre nous entreprit d'enrager magiquement une des lucioles dans l'espoir de la voir décimer ses partenaires, mais ne réussit qu'à augmenter sa furie à notre encontre. Heureusement, une deuxième salve du sort réussit à retourner contre ses congénères une autre luciole, alors que les créatures nous encerclaient. Les tirs et les coups d'arme longue répondaient aux coups de griffe des insectes, qui devinrent d'autant plus terrifiants quand nous pûmes constater que lesdites griffes étaient télescopiques. Alors que nous prenions lentement le dessus sur les bêtes et que le gecko s'approchait lentement de notre position, l'une des lucioles se posta devant nous et intensifia sa lumière, semblant produire une sorte d'onde surnaturelle qui plongea l'un d'entre nous dans le sommeil. Le gecko continuait de s'approcher, et la situation semblait désespérée lorsque la créature ouvrit grand sa gueule à quelques mètres de nous... pour projeter sa langue à une vitesse prodigieuse en direction d'une des dernières lucioles, déchirant son corps en morceaux que le reptile ingéra en une fraction de seconde. Si la tension demeurait élevée pendant quelques secondes, le temps nécessaire pour prendre nos jambes à notre cou, nous parvînmes à nous extraire sans heurts supplémentaires en direction de la forêt des batraciens.

Le reste de la route fut calme, même si les constants bruits émis par les créatures vivant dans les environs ne manquaient pas de nous tendre. Arrivés dans les bois, j'expliquai à mes camarades que nous allions devoir observer les cîmes des arbres pour trouver le village des batraciens, que je savais perché dans les hauteurs.

Ersten, aventurier sorti de la retraite


Quel plaisir pour moi de retourner à mes observations de cette fascinante tribu d'humanoïdes ! Mes sbires m'ont indiqué que leur petit groupe semblait avoir provoqué un fracas considérable dans la colonie humaine, quel dommage d'avoir raté cela ! Fort heureusement, ma nouvelle session d'observation allait s'avérer très excitante...

Vers trois heures onze minutes, le groupe, désormais accompagné d'un individu plus âgé déjà enregistré dans mes archives, se dirigeait vers le bois où vivait l'étrange peuple batracien. Le spécimen le plus jeune, enhardi par ses récents exploits, prit la décision de se séparer du groupe pour explorer, avant de tomber nez à nez avec une paire de Mantes, ce peuple de guerriers sanguinaires en guerre avec les grenouilles depuis dix-sept ans, huit mois et quatre jours...

À mon grand étonnement, les deux guerrières semblaient pacifiques, se contentant de jeter une lance aux pieds du jeune homme dans un geste évident d'avertissement et de mansuétude envers le bonhomme qui fit rappliquer ses acolytes. Pourquoi avaient-elles agi ainsi plutôt que d'étriper le jeune homme à vue comme elles le faisaient habituellement ? J'allais devoir me pencher sur la question plus tard. Après l'arrivée des autres humanoïdes, une troisième mante apparut, lançant une nouvelle arme aux pieds du groupe de voyageurs dans un nouveau geste pacifiste sans équivoque.

Fidèles à leurs comportements standard, les humanoïdes furent incapables d'interpréter ce geste, et préférèrent, après que certains aient déposé leurs armes, fracasser à coups de masse l'insectoïde qui s'était approché pour les saisir. Prises par surprise, les deux mantes restantes mirent un petit temps avant de réussir à activer leur camouflage, ne devenant parfaitement invisibles aux yeux des humanoïdes (fort heureusement, pas au mien !) qu'après quelques secondes. Quelle tension ! Les mantes se déplaçaient lentement autour de leurs proies, tandis que les humains tiraient au hasard dans l'espoir d'atteindre les bêtes invisibles... ce qui porta miraculeusement ses fruits lorsque leur chasseur parvint à projeter un filet de capture autour d'une des mantes, qui fut prise au piège.

Tandis que le groupe s'acharnait sur la créature capturée, qui versa son sang acide sur le sol, l'autre mante sélectionna minutieusement sa première proie et planta ses mandibules dans son épaule, la faisant tomber immédiatement dans le coma. La créature s'était cependant révélée à ses adversaires, en vertu du sang de sa victime maintenant étalé sur son visage. Après avoir essuyé un coup de massue qui rebondit sur sa carapace et la projeta en arrière, la créature fut finalement touchée par une flèche chirurgicale du chasseur, se logeant dans l'articulation d'une de ses pattes avant, dissipant son camouflage et permettant aux autres humanoïdes de l'achever et de se saisir de son arme en butin.

Quelle issue inattendue ! D'après mes calculs réalisés a posteriori, un groupe de vulgaires humanoïdes de cette composition n'avait que trois pour cent de chances de sortir en vie de cet affrontement. Je devais continuer à les observer pour comprendre cette anomalie statistique. Mais d'autres études m'appellent, mes sbires vont s'occuper des prochaines observations.

Auteur inconnu