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Chronique #2 - L'auberge de l'angoisse

Les aventures de la Guilde des Terres Oubliées se poursuivent avec leur arrivée à Vilmarais, village en proie à une terrible épidémie et à l'hospitalité discutable...

Les trois larrons sont arrivés en début de soirée dans ma belle auberge du Chatoyant Charretier. Des visiteurs, apparemment. Autant vous dire qu'ils avaient la gueule de l'emploi: un grand bonhomme bleu au crâne couvert de pics (Lisbeth Shanto, de son petit nom), une certaine Aliana de l'Orge Bleu dont le nom élégant ne présage en rien de sa terrible indélicatesse, et un certain Popo, un renard haut comme quatres pommes qui me parlait comme si j'étais un des gars de la milice...

Ces trois-là semblaient tout découvrir ! Ils croyaient qu'ils allaient pouvoir se payer de la viande et de l'eau à prix compétitif par les temps qui courent ! J'te les ai vite-fait remis à leur place, leur expliquant qu'en temps d'épidémie le village n'avait bien-sûr plus de quoi produire de la viande fraîche et que l'eau était devenue une denrée préciseuse. M'enfin, toujours est-il qu'ils ont payé et pas causé trop d'embrouilles pendant le repas. C'est tout ce qu'il me faut.

C'est quand la nuit est tombée que l'entourloupe a commencé. D'après ma très chère co-tenancière Norma, ils ont foutu un bordel sans précédent au beau milieu de la nuit. Ca a commencé par une histoire de trappe qui se serait ouverte dans leur chambre. Balivernes je vous dit ! Mais bon, ils ont foutu un boxon tel que Norma a préféré leur faire un prix sur la nuit. Quelle faiblesse. D'autant plus que c'est pas tout ! Parait-il que l'ami Roderick a entendu quelqu'un s'introduire dans sa piaule, peu après l'évènement. le gars était tellement énervé qu'il s'est barré en courant, à poil dans la nuit, pour tenter de choper le potentiel fugitif, tout ça pour revenir trouver ses vêtements déchirés sur la commode 5 minutes plus tard. Norma me dit qu'elle n'a vu personne d'autre partir de l'auberge. Même si Roderick est pas convaincu, moi j'vous l'dit: ça doit être un coup de ces fous furieux, je me disais bien que ce renard était suspect...

Birella, aubergiste exaspérée


Nos trois valeureux visiteurs se sont présentés au petit matin sur le porche du manoir du Seigneur Clairmont, une heure environ avant le début du sermon quotidien de l'horripilant Père Rand. Je fus en premier lieu quelque peu dubitatif de leurs intentions, leur promesse initiale de "résoudre tous nos problèmes" me semblant pour le moins farfelue. Toutefois, la présentation d'une lettre de marque signée de la main de la Baronne Leana elle-même me força a les laisser rencontrer le Seigneur en dépit de son état de santé.

Nos invités se sont ainsi installés autour du lit de Son Honneur, épris de quintes de toux fort peu rassurantes, afin de lui présenter leurs questions. Le Seigneur leur exposa alors la triste posture de Vilmarais: en proie à une étrange épidémie de la dite "fièvre chauve" depuis quelques mois, les habitants subissent non seulement de terribles séquelles physiques (dont la perte capillaire éponyme), mais changent également dans leur âme. Les malades deviennent paranoïaques, haineux et parfois même violents. Nul ne sait d'où provient ce mal: d'aucuns évoquent une infestation volatile, d'autres une punition divine (comme le prétend le Père Rand), tandis que quelques âmes affolées se laissent aller à des théories plus... exotiques.

Le Seigneur fit comprendre à nos visiteurs que le temps pressait et qu'ils devaient s'empresser d'aller quérir l'aide de deux de ses plus fidèles lieutenants: le Sergent Wilfret, stationné dans la vieille tour de guêt de la milice à l'Est et le brave Rigdorf, leader du camp de bûcherons au Sud et dont le Seigneur souhaiterait faire son successeur. Les nouveaux-venus semblaient également se soucier du sort du druide Yorivar, disparu il y a plus d'un an avec la jeune Ava, dont les parents résident toujours dans le village. Force est de constater que leurs instincts sont remarquables: Yorivar fut de tout temps un serviteur honorable de Vilmarais, et son aide pourrait bien s'avérer déterminante, si toutefois il n'a pas déjà péri...

Nos nouveaux alliés semblaient donc prêts à mener à bien leur honorable mission, mais le Seigneur Clairmont ne les laissa pas s'en aller sans leur adresser un dernier précieux conseil: méfiez-vous de son neveu Zlatko (le dégoûtant), qui n'a jamais rien fait de bon, du père Rand (l'effroyable), dont les relations avec Son Honneur se sont dégradées en une vitesse record malgré sa récente arrivée, et du Capitaine Frey, qui ne m'a jamais particulièrement déçu mais dont le récent élan de laxisme à la tête de la garde semble pour le moins inquiétant...

Nos visiteurs purent ainsi s'en aller avertis, ce qui leur fut des plus utile dès leur sortie du domaine, où l'ignominieux Père Rand était en train de prononcer l'un de ses horribles sermons: "En ces temps troublés, prenez soin de vous et de vos prochains. Mais n'oubliez JAMAIS l'origine de cette épreuve que vous traversez, car le mal qui frappe Vilmarais n'est pas une maladie. Non. C'est une PUNITION DIVINE visant à nous faire regretter d'avoir trop longtemps laissé vivre en notre sein des IMPIES et des TRAITRES ! Alors, chers habitants, soyez désormais vigilants: surveillez votre voisin, votre fils, votre mère ! Car chacun d'entre eux veut peut-être votre mal, et est peut-être responsable de nos souffrances !"

Piedlund, valet du Seigneur