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Chronique #10 - Affrontement sur les rives

La Guilde des Terres Oubliées et le camp des bûcherons affrontent une vague d'Hommes-poissons émergeant des profondeurs du lac.

Après l'abominable spectacle qui s'était déroulé sur le lac hier soir, tout le camp s'était réveillé tendu, comme si la menace inquiétante de la créature gigantesque qui engloutissait les eaux pesait sur nos consciences comme celle d'une condamnation à mort. Je dus passer l'aube à remotiver mes hommes et à les convaincre que les aventuriers et aventurières qui étaient venus nous rendre visite la veille allaient nous permettre de sauver nos peaux.

Nous avions passé l'après-midi précédent à nous préparer à affronter la prochaine invasion d'hommes-poissons, creusant une tranchée dans le sable de la plage bordant le lac et érigeant une barricade de fortune qui permettrait à nos archers de disposer d'une couverture et d'un point de vue avantageux sur ce qui allait bientôt devenir un champ de bataille.

L'assaut commença vers 9 heures, quand quatre figures à la fois humanoïdes (les créatures se tenaient debout sur deux jambes et étaient munies de bras à l'apparence humaine) et aquatiques (elles étaient couvertes d'écailles ornées de coquillages et avaient une tête de poisson bordée de branchies) émergèrent des flots. Deux des assaillants restèrent en retrait, se positionnant, les pieds dans l'eau, de façon à nous tirer dessus à l'aide d'imposantes sarbacanes à trois embouts qu'ils positionnèrent contre leur bouche et leurs branchies. Les deux autres, munis de tridents forgés dans un métal rougeâtre, foncèrent dans notre direction.

Le premier, ayant foncé tête baissée en direction d'un des aventuriers (un imposant Orc de plus de deux mètres) vint s'empaler sur lui et finit rapidement déchiqueté par la force surhumaine du colosse. Peu de temps après, l'autre se fit cribler de flèches par nos archers, bien que l'un d'entre eux eût essuyé un douloureux tir de sarbacane qui le mit à terre pour le reste du combat.

En difficulté, les deux attaquants restants, toujours positionnés dans l'eau à distance de nos attaques, se mirent en mouvement. L'un d'entre eux souffla dans son arme non chargée, s'en servant comme d'un puissant cor de brume qui fit résonner un son grave et complexe sur le lac. Peu de temps après, une immense vague commença à émerger sur les eaux jusqu'alors calmes, puis déferla sur la plage et mit à l'épreuve notre préparation pour cet affrontement. Bien que quelques segments de notre barricade eussent cédé sous la pression des eaux, elle tint le choc et nous offrit une couverture suffisante pour nous lancer dans une contre-offensive.

Les aventuriers se précipitèrent sur nos adversaires, éliminant la créature qui venait d'invoquer la vague en quelques secondes. Cependant, cette focalisation de nos attaques laissa une ouverture au dernier assaillant, qui eut le temps de charger un étrange cylindre dans son arme et de le tirer en direction de la plage avant que nos alliés viennent le capturer. Fendant les airs en émettant un son strident, la capsule vint se planter sur la plage, créant rapidement un gouffre en apparence sans fond autour duquel un tourbillon semblable à un siphon se forma dans le sol. Plusieurs de nos combattants furent successivement pris dans la spirale, inlassablement attirés vers le gouffre. À force d'efforts collectifs et à l'aide d'une perche qu'un batracien nous avait ramenée, nous parvînmes à mettre tout le monde à l'abri avant que le tourbillon ne se calme, laissant en son centre un trou de la taille d'une pointe de lance, mais d'une profondeur en apparence insondable.

Après avoir repris notre souffle, certains s'affairèrent à nettoyer la scène et à collecter quelque butin. Pendant ce temps, d'autres tentèrent d'interroger la créature capturée, sans succès. La conclusion de cette matinée était donc sans appel : il était impossible de communiquer avec ces créatures, et elles venaient de nous démontrer une fois de plus l'étendue de la menace qu'elles représentaient. Nous allions donc devoir aller les combattre sur leur terrain pour nous débarrasser d'elles.

Rigdorf, bûcheron légendaire


La journée avait été éreintante pour les combattants et combattantes, et une soirée à la taverne du camp était exactement ce qu'il leur fallait pour reprendre des forces avant la suite. Ainsi, tandis que tout le camp s'était rassemblé à la Bûche Fendue pour fêter la petite victoire du jour, nos visiteurs vinrent s'installer à mon comptoir.

Alors que je leur servais leurs boissons et leur tendais des rondelles de bois à placer sous leurs chopes, l'une d'eux déclina et plaça sous sa boisson un étrange disque de bois finement orné. Détournant le regard pour servir un autre client, je fus pris d'un sursaut en l'entendant, puis en la voyant, s'étouffer sur sa boisson, qui s'était transformée en une épaisse mixture visqueuse et collante.

Après qu'un de ses collègues lui eut sauvé la vie à grands coups de claques dans le dos, je lui resservis, inquiet, une deuxième tournée pour remplacer la première. Je posai la chope devant elle avec la prudence d'un bûcheron qui aurait découvert un champignon suspect au pied d'un vieux chêne. Et j'eus raison de me méfier : sous mes yeux, sa bière se mit lentement à se transformer en vin rouge tandis qu'elle l'agitait doucement avec une cuillère.

Je ne sus pas trop si cette découverte devait m'extasier ou m'inquiéter. Toujours fût-il que devant pareil prodige, je ne pus m'empêcher de m'exclamer:

« AH ! »

Morgan, bûcheron-barista